Comment l’Europe peut réensauvager des millions d’hectares sans acheter un seul terrain

Proposition d’un échange de terres entre agriculteurs et communes, avec des règles qui existent déjà

Joost Hagedoorn · Rewilding Euskal Herria

Passez assez de temps dans les espaces sauvages d’Afrique et vous perdez la capacité de voir l’Europe comme avant. Vous verrez le vide laissé par des siècles d’activité humaine, et par une ère glaciaire avant cela. Passez assez de temps dans une nature qui fonctionne et vous apprenez à voir ce qui manque.

L’Europe a été clémente avec les humains. Des hivers doux et des pluies régulières. Des sols profonds et une longue saison de croissance. Des conditions si favorables que nous avons converti presque tout.

Nous n’avons pas été les premiers à la vider. Les glaciations ont repoussé la vie vers le sud, souvent et sans relâche, et les montagnes européennes s’étendent d’est en ouest : les espèces en retraite ont heurté un mur et sont mortes contre lui. En Asie de l’Est, les chaînes vont du nord au sud, et les mêmes espèces sont simplement descendues puis revenues. C’est pourquoi une forêt tempérée chinoise abrite plusieurs fois plus de genres d’arbres qu’une forêt européenne.

L’Europe est donc partie pauvre, et nous l’avons ensuite cultivée pendant dix mille ans par-dessus. À quoi elle ressemblait avant reste une question ouverte, pleine d’inconnues, et pour les problèmes d’aujourd’hui cela importe peu. Nous n’allons pas recréer le Pléistocène. Nous avons besoin d’un continent sain, productif et vivant.

Ce que veut dire réensauvager

Le réensauvagement laisse de la place aux processus naturels plutôt qu’à l’intervention humaine permanente. Il remplace la fauche, la plantation, le curage et le contrôle des prédateurs par un système qui fait ces choses de plus en plus lui-même.

Les herbivores fauchent. Les plantes et les arbres se chargent de la plantation. Le curage est remplacé par des rivières autorisées à bouger, des zones humides qui apparaissent là où l’eau veut s’installer, et des castors qui construisent mieux que nous. Les prédateurs sont régulés par la rareté et la concurrence plutôt que par nous.

Le but n’est pas d’écarter les humains. C’est d’arrêter de payer, indéfiniment, pour un travail que la terre fera gratuitement.

Le castor fait plus pour l’eau d’une vallée que n’importe quel budget que nous pourrions réunir

Alors pourquoi cela n’arrive-t-il pas ?

J’ai créé une initiative de réensauvagement au Pays Basque, et je m’attendais à ce que le plus dur soit écologique.

La plupart des gens diraient que cet endroit est déjà sauvage. C’est vert dans toutes les directions, escarpé, humide, boisé jusqu’aux crêtes. Mais vert n’est pas synonyme de fonctionnel.

Une grande partie de la forêt est gérée. Une grande partie de l’herbe est cultivée. Les rivières sont barrées. La plupart des grands herbivores sont du bétail.

Ici, le sauvage est dans les marges. Ce n’est pas la saveur dominante.

Trouver des paysages à restaurer était facile. Trouver des terres sur lesquelles travailler, c’est tout le travail. La terre ici est divisée entre des centaines de petites propriétés. Le foncier communal est engagé dans des droits de pâturage et des contrats forestiers. Les parcelles qui comptent le plus écologiquement ne sont presque jamais celles que quelqu’un est libre de proposer.

Ce n’est pas un problème basque. Partout en Europe, les terres dégradées à restaurer ne manquent pas. Chaque hectare appartient à quelqu’un qui a une raison de le garder exactement tel quel. Ce qui veut dire que la question n’est pas où l’Europe devrait être réensauvagée. C’est ce qui donnerait à quelqu’un une raison d’y prendre part.

Le coteau

D’abord, une chose qu’il faut savoir sur le fonctionnement de l’agriculture européenne.

Une grande partie du revenu d’un agriculteur ne vient pas de la vente de quoi que ce soit. Elle vient de la Politique Agricole Commune, le système européen de soutien agricole et le premier poste de son budget, autour d’un tiers de toutes les dépenses européennes. L’essentiel de cet argent est versé à l’hectare. Pas à la tonne d’aliments, pas à l’animal vendu. À l’hectare de terre maintenue en usage agricole.

Imaginez un agriculteur avec un coteau escarpé au fond de ses terres. Fougère et ajonc. Il n’y pousse presque rien qu’il puisse vendre. Il n’y monte pas souvent.

Mais tant que ce coteau reste déclaré comme terre agricole, il lui rapporte un paiement. Alors il le maintient déclaré et fait le minimum pour que cela reste le cas. Un broyage de temps en temps, peut-être un écobuage, quelques bêtes montées pour un moment. Ce n’est pas vraiment de l’agriculture. C’est de la paperasse avec vue.

Des terres comme celle-là, il y en a partout en Europe. Les sols les plus pentus, les plus maigres, les plus humides, les plus pierreux, maintenus nominalement en production parce que l’abandon mettrait fin au paiement qui y est attaché. Les propres modélisations de la Commission européenne estiment qu’environ onze pour cent des terres agricoles de l’UE présentent un risque élevé d’abandon, et prévoient que 5,6 millions d’hectares sortiront d’usage d’ici 2030.

La plupart ne sont pas encore parties. Le paiement vaut plus que l’effort de garder la parcelle, alors l’agriculteur la garde, et le coteau reste au registre pendant qu’il ne s’y passe pas grand-chose.

Et c’est là que meurt toute proposition bien intentionnée. S’il laisse ce coteau partir, la terre ne remplit plus les conditions et le paiement s’arrête. L’offre que nous lui faisons, c’est : renoncez à de l’argent réel, et ne recevez rien en retour. Bien sûr qu’il dit non.

Un tel agriculteur n’est pas un obstacle à la restauration de la nature. C’est nous qui avons construit ce système. Il ne met pas la nature en balance avec l’alimentation. Il met un paiement en balance avec rien du tout.

Ajonc sur un coteau basque

L’échange

Regardons maintenant l’autre versant de la vallée.

La commune possède elle aussi des terres. Ici, une bonne partie, détenue collectivement depuis des siècles. Et dans beaucoup d’endroits, plus personne ne les pâture assez. Les jeunes agriculteurs sont partis. Les troupeaux ont diminué. Les coteaux se remplissent d’ajonc. L’ajonc brûle. Et chaque été, la commune s’inquiète un peu plus.

L’échange s’écrit tout seul. L’agriculteur obtient des droits de pâturage sur la terre communale. Une parcelle qui lui appartient est laissée redevenir bois.

L’agriculteur y gagne : meilleure herbe, terrain plus facile. La commune y gagne : ses broussailles sont mangées et le risque incendie baisse, sans payer d’entreprise. Le coteau y gagne aussi : il devient bois, il retient l’eau au lieu de la laisser dévaler, et le sol recommence à se construire au lieu de partir au lavage.

Aucune terre n’est achetée. Personne n’est contraint. Aucune nouvelle subvention n’est nécessaire.

Trois règles

Compter l’herbe, pas les hectares.

Un hectare de bonne pâture communale vaut plusieurs hectares de fougère. L’échange devrait donc se calculer en fourrage, pas en surface. L’agriculteur cède plus d’hectares qu’il n’en reçoit et se retrouve quand même avec plus à manger, ce qui veut dire que la commune dépense moins de terre qu’elle n’en gagne.

Moins d’hectares veut aussi dire moins d’aides à la surface pour l’agriculteur : le calcul lui appartient. Meilleure herbe, terrain plus facile, coûts réduits, et les dispositifs de soutien liés au pâturage communal se trouvent tous de l’autre côté de la balance. Si le compte n’y est pas pour lui, il ne fait pas l’échange.

Les deux parties peuvent vérifier le calcul avec des chiffres agricoles ordinaires, ce qui en fait une négociation plutôt qu’une dispute.

La nouvelle terre doit être éligible à la PAC.

C’est la règle dont tout dépend. Rappelons que le paiement suit l’hectare, pas la récolte. La terre communale qu’il obtient doit donc compter selon les mêmes règles que le coteau qu’il libère. Il déclare alors sur le nouveau terrain au lieu de l’ancien, et le soutien reste attaché à l’exploitation. Sans cela, il finance la restauration sur son propre revenu, et nous revoilà devant le choix que personne n’accepterait.

Permanent, et attaché à la terre.

Un accord avec un agriculteur dure le temps d’une carrière. L’engagement doit reposer sur la terre elle-même, pour survivre à la vente et à la succession. La France dispose déjà de l’instrument : l’obligation réelle environnementale, créée par la loi biodiversité de 2016, qui engage les propriétaires successifs jusqu’à quatre-vingt-dix-neuf ans. La plupart des pays européens ont un équivalent. La plupart ne s’en servent pas.

Un meilleur pâturage qu’un coteau d’ajonc et de fougère

Quelqu’un l’a déjà fait

Je dois dire clairement que je ne l’ai pas inventé. J’ai remonté le raisonnement à partir d’un problème et j’ai découvert que des éleveurs du sud-ouest américain y étaient arrivés trente ans plus tôt.

Ils appellent cela le grassbanking. Dans les années 1990, des éleveurs de la zone frontalière entre Nouveau-Mexique et Arizona subissaient la sécheresse et devaient mettre leurs terres au repos. Ils se sont organisés en Malpai Borderlands Group, et un voisin propriétaire d’un très grand ranch leur a fait une offre : placez vos propres terres sous accord de conservation permanent et faites pâturer votre bétail chez moi pendant que les vôtres récupèrent. Plusieurs ont accepté l’échange, calculé en fourrage, exactement comme ci-dessus. Des versions de ce dispositif fonctionnent dans l’Ouest américain depuis.

Ce que devient le coteau

Rien de spectaculaire ne se passe la première année. La fougère continue de sortir, l’ajonc continue de fleurir. Mais sans broyage ni feu, le versant se met à faire quelque chose qu’on ne lui a pas permis depuis longtemps.

Les ronces arrivent d’abord. Un roncier fait office de pépinière. Assez épineux et assez dense pour que les chevreuils n’entrent pas, si bien que toute graine qui atterrit dedans est protégée pendant qu’elle pousse. Les oiseaux laissent tomber des graines. Les geais enterrent des glands et oublient où.

En cinq ans, il y a des jeunes arbres au-dessus de la fougère. Bouleau, saule, noisetier, aubépine, tout ce qui pousse le plus vite dans ce sol. À dix ans, ils sont assez hauts pour ombrager le sol, et c’est le point de bascule, parce que la fougère a besoin de lumière. À mesure que le couvert se ferme, la fougère s’éclaircit, puis disparaît. Sous les épineux, plus lentement et plus sûrement, le chêne arrive.

À vingt ans, c’est un jeune bois. Pas une plantation : il y a des trouées où rien n’a pris, des creux humides où le saule domine, du bois mort resté debout parce que personne ne le dégage. Ce désordre est justement l’intérêt. C’est ce qui fait de la place aux chauves-souris, aux champignons, aux coléoptères du bois mort, et aux oiseaux qui ont besoin d’un couvert dense pour nicher.

L’eau change aussi. Les racines et la litière ralentissent la pluie au lieu de la laisser ruisseler sur un versant nu. Elle s’infiltre. Le ruisseau en bas monte moins fort en hiver et coule plus longtemps en été. S’il y a de l’eau et du saule, le castor finira par trouver, et une famille de castors réorganisera une vallée plus profondément que n’importe quel budget de restauration. Partout en Europe, ils reviennent d’eux-mêmes.

Tous les coteaux ne doivent pas être laissés partir. Certains sont riches en espèces précisément parce qu’ils sont ouverts, et ceux-là demandent un meilleur pâturage, pas du bois. Le choix se fait parcelle par parcelle.

Puis la deuxième étape, et c’est là que cela devient plus qu’un bois.

Un coteau devient un bois. Vingt coteaux, reliés entre eux, deviennent quelque chose qui a besoin d’animaux. Une forêt fermée sans grands herbivores devient uniforme, et l’uniforme est pauvre. Ce qui a fait la richesse de ces paysages n’a jamais été les arbres seuls. C’étaient de grands animaux qui les traversaient : ouvrant des clairières, broutant les repousses, traçant des sentiers, se vautrant, déposant leurs bouses, tuant certains jeunes arbres et en laissant passer d’autres. Le pâturage est ce qui empêche un bois de devenir un mur d’arbres.

Alors les animaux reviennent. Pas du bétail au sens productif, pas comptabilisé en agneaux vendus, mais des herbivores maintenus à faible densité et largement laissés à eux-mêmes.

Ici au Pays Basque, cela veut dire le Pottok, la Betizu, la Sasi Ardi. Un petit poney rustique, une race bovine de montagne à demi sauvage, une brebis de lande jugée trop peu productive pour l’industrie. Chacun mange différemment, et c’est exactement pour cela qu’on veut la diversité. Ce sont des animaux basques, façonnés par ces collines au fil des siècles, aujourd’hui rares ou presque disparus. Les ramener, c’est du travail patrimonial et du travail écologique en même temps. Je n’avais jamais mesuré à quel point ces deux choses se recouvrent ici.

C’est la partie qui me rend optimiste. Le même travail est vu comme du réensauvagement par un biologiste et comme de la tradition par un agriculteur, et aucun des deux n’a tort.

Oihan Berria. Les ronces et les épineux se chargent de la plantation

Pourquoi cela s’étend

Faites-le une fois et vous avez un bois un peu plus grand. Faites-le une fois et le coteau suivant touche désormais du terrain sauvage.

Après ce premier échange, le coteau suivant change de valeur. Pas pour l’agriculteur, qui voit la même fougère que l’an dernier. Pour tous ceux qui décident où la restauration devrait avoir lieu ensuite. Hier c’était un morceau isolé qui ne valait pas la paperasse. Aujourd’hui il prolonge un bloc déjà sauvage.

La nature va maintenant plus vite. Un bois voisin est une source de graines. Les oiseaux apportent des baies, les glands sont transportés. Les champignons sont déjà dans le sol à la limite. Restaurer à côté d’un bois, c’est surtout une affaire de recul. Restaurer au milieu des champs demande de planter, ce qui coûte cher.

L’aspect social compte aussi. L’agriculteur voisin a vu cela se faire. Il sait à quoi ressemblait la paperasse et si le pâturage valait quelque chose. Il sait à qui s’adresser. Le contrat le plus difficile sur un territoire est le premier.

La vraie croissance ne vient pas de faire plus d’échanges. Échange par échange, cela reste petit pour toujours. Elle vient de changer une règle.

Confirmer au niveau national qu’un agriculteur peut déclarer son soutien sur des terres de pâturage communales, et qu’une terre placée sous obligation environnementale permanente ne lui est pas reprochée. C’est une décision administrative, pas une nouvelle loi. Cela ne coûte rien. Et cela s’applique partout en même temps. Comme les premières pousses au printemps, le changement apparaîtrait partout simultanément, pas un par un.

Ensuite, personne n’a besoin de servir d’intermédiaire. Chaque commune qui a un problème d’incendie et chaque agriculteur qui a un mauvais coteau veulent déjà ce que l’autre possède. Ils n’ont pas besoin d’être convaincus. Ils ont besoin d’une autorisation et d’un modèle.

Son succès serait aussi sa limite. Les parcelles sous obligation sont verrouillées pour quatre-vingt-dix-neuf ans. Les terres autour ne le sont pas, et c’est de là que doit venir l’échange suivant. Un corridor qui fonctionne fait monter la valeur de ses voisins. Une maison en lisière de bois sauvage vaut plus qu’une maison en lisière de champ. Un gîte au bord d’une rivière à castors se remplit plus facilement. Le coteau devient peu à peu un actif, et le pâturage doit surenchérir.

Ce qui veut dire que cela marche mieux avant d’être célèbre. C’est un argument pour bouger maintenant, tant que la terre est encore bon marché et que la moitié des agriculteurs européens approchent de la retraite, et que les terres changent de mains de toute façon.

D’où cela vient

Cela n’est pas arrivé comme une théorie. C’est venu d’une impasse.

Notre projet, Oihan Berria, couvre dix communes et environ dix mille hectares de l’intérieur du Pays Basque, juste derrière la côte. Nous avons passé des mois dans les cartes et sur le terrain, et plus nous voyions clairement ce qu’il fallait faire, plus il devenait évident que voir n’avait jamais été le problème.

Puis nous avons remarqué qu’environ un tiers de ce territoire est déjà propriété publique. Propriété des communes, au milieu d’un paysage où le foncier privé est presque impossible à assembler. Nous demandions comment accéder à des terres. La meilleure question était ce que nous avions déjà, et comment s’en servir.

C’est ce qu’il faut retenir de tout ceci. Le foncier public n’est pas seulement du foncier. C’est la seule pièce du plateau que quelqu’un puisse encore déplacer, et la déplacer débloque le foncier privé autour.

Il ne s’agit pas de la nature pour sa beauté, mais pour sa fonction. Ces collines portent plus de combustible qu’avant. La pluie ruisselle sur les versants nus et emporte le sol. Les villages sont inondés en hiver et la même eau manque en août. Les pollinisateurs vivent dans les marges que nous ne cessons de nettoyer. Les fermes vieillissent et disparaissent, et une ferme fermée veut dire moins de bêtes sur ce coteau, ce qui aggrave tout le reste.

Ce ne sont pas des problèmes séparés avec des budgets séparés. C’est ce que fait un paysage quand on lui retire sa structure. Remettez-en une partie et la même terre retient l’eau, retient le sol, porte moins de feu, nourrit plus d’espèces et produit toujours de la nourriture. C’est à cela que sert le réensauvagement. À un paysage qui fonctionne, et que nous n’avons pas à payer indéfiniment pour le tenir debout.

Et au-delà de tout cela, il y a la raison la plus simple, celle qui n’a pas besoin d’argumentaire économique. Nous partageons cet endroit. Les autres espèces y ont droit.

Oihan Berria. Dix communes de l’intérieur du Pays Basque, juste derrière la côte

Pourquoi cette année

Il y a une échéance que presque personne en dehors du secteur n’a remarquée.

En vertu de la loi européenne sur la restauration de la nature, chaque État membre doit remettre à Bruxelles un projet de plan national de restauration en septembre, la version finale étant attendue un an plus tard. Les objectifs sont contraignants. Des mesures de restauration sur un cinquième des terres et des mers de l’Union d’ici 2030, et sur tous les écosystèmes qui en ont besoin d’ici 2050.

Ces plans s’écrivent en ce moment même, par des gens qui ont des obligations légales, des budgets serrés et aucune bonne réponse à la question de savoir d’où viendra la terre. L’acheter est hors de prix. La réglementer déclenche un conflit que le secteur agricole a déjà montré qu’il gagnait.

Voici une troisième option. Elle obtient de la terre sans achat, et elle traite les agriculteurs comme des partenaires plutôt que comme des adversaires.

Deux auteurs

Il faut trois choses : des terres marginales maintenues en production pour le paiement, du foncier de pâturage public sous-utilisé, et un moyen juridique de rendre l’échange permanent. Là où ces conditions se rejoignent, en Espagne, au Portugal, en France, en Italie, en Grèce, en Roumanie et dans la plus grande partie des périphéries de montagne, il y a beaucoup de terres en jeu. Là où elles ne se rejoignent pas, cela n’aidera pas. Aux Pays-Bas, au Danemark et dans une grande partie de l’Allemagne, il n’y a presque pas de foncier agricole public, la terre est bien trop chère, et ce qui dégrade les habitats est l’azote qui tombe du ciel. Aucun échange de terres ne règle cela.

C’est une pièce d’un puzzle. Les rivières ont toujours besoin qu’on enlève leurs obstacles, et il y en a près d’un million en Europe, pour la plupart obsolètes. L’agriculture doit toujours cesser de laisser fuir l’azote dans tout ce qui se trouve sous le vent et en aval. Aucun de ces deux problèmes n’est un problème foncier, et aucun échange ne les résoudra.

L’Europe a été vidée par la glace et par les humains. Le second n’a été décidé par personne. C’est un défaut de conception. Un bug dans le système. Nous avons mis en place des lois, des subventions, des structures de propriété, des budgets, de la planification, des lobbies et des politiques, et le résultat est un paysage dysfonctionnel. Les gens veulent plus de nature, et les générations qui viennent auront besoin d’un paysage qui fonctionne.

Ce qui manque, c’est un chemin à l’intérieur du système actuel qui n’exige pas de déclencher un combat que personne ne gagnera. Ceci pourrait en être un. Pas de nouvelle subvention, pas de nouvelle loi, rien qui nuise aux agriculteurs. Du foncier public, des règles existantes, et un début là où la terre vaut le moins et où la restauration gagne le plus.

Nous allons l’essayer ici, au Pays Basque. Si cela marche, c’est pour tout le monde.